Au mois d'octobre dernier, j'ai eu l'immense honneur de rencontrer Monsieur Guy-Jean
Dussault, producteur, réalisateur et monteur de plusieurs
productions télévisées. Il a su m'éclairer
au sujet du monde de la télévision. 

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Guy-Jean Dussault
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Pourriez-vous
me décrire vos fonctions de travail?
J’ai fait un peu de tout. J’ai commencé en
tant que comédien,
ensuite je suis devenu monteur, puis réalisateur et finalement producteur.

Comment
avez-vous monté dans cette hiérarchie?
Ça n'a pas été facile parce que quand tu pars de
comé- dien et que tu veux monter dans
le milieu technique, ils ne te font pas confiance. Ils ne pensaient pas que les
comédiens pouvaient être bons dans d’autres choses que la comédie.
Par contre, la technique m’intéressait davantage parce que premièrement,
c’était
plus payant et aussi, contrairement à aujourd'hui, il n’y avait pas beaucoup de
possibilités pour les comédiens.
Donc,
j’ai commencé à Radio-Canada
en tant que stagiaire.
Le père de mon amie,
Jean-Yves Landry, était réalisateur à la musique à
Radio-Canada, aux concerts classiques. Il était à l’époque un
grand réalisateur de Radio-Canada et il m’a
appris la réalisation. C’est d’ailleurs lui qui m’a suggéré d’aller à l’extérieur de
Montréal pour apprendre un métier en particulier avant de commencer à la réalisation.
Alors je suis allé apprendre le montage en Outaouais et c’est là que tout a
commencé.
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Sa formation en lien avec la télévision
Avez-vous
étudié le montage dans une école spécialisée?

Non, je suis allé
directement dans une compagnie et je leur
ai expliqué que je voulais apprendre le
montage. Je leur ai dit :«Je suis
prêt à travailler sans salaire, si vous voulez me montrer le métier.
Quand vous sentirez que je suis à l’aise à faire du montage, vous me
payerez». Et ils ont acceptés.
Vous
n'avez donc pas pris de cours pour travailler dans le milieu?
Non, je n’ai pas fait d’étude en technique. J’ai étudié la réalisation
en Californie mais c’était seulement après que j’aie commencé
à faire du montage, en 1986. Je
suis allé vivre en Californie et j’ai pris deux
cours là-bas : un cours de réalisation et un cours de
direction d’acteurs, qui s’appliquent à la
télévision et au cinéma.
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Qu’est-ce qui vous attirait dans le milieu de la télévision?
J’ai toujours été
attiré par la télévision. Quand j’étais petit, je voulais toujours réparer les télévisions
et quand j’ai grandi, j’ai
commencé à vouloir travailler « dedans »! Le milieu du
spectacle et de la télévision m’a toujours
attiré. Je pense que c’est un
concours de circonstances, mais j’ai toujours tout fait pour
pouvoir faire de la télévision. Je suis parti du Témiscamingue, là où
j’ai grandi, pour venir à Montréal afin de faire ce métier.

À quel âge êtes-vous arrivé à Montréal?
Je suis arrivé à l’âge de 19 ans.
Je suis allé étudier au Cégep de Sainte-Hyacinthe en théâtre.
En première année, je me suis lié d’amitié
avec un professeur, Jacques Zouvi (le père du comédien Alain Zouvi) et à ce
moment là, il partait sa troupe de théâtre. Je
suis parti en tournée avec lui et
c’est moi qui faisait toute la technique. J’aimais beaucoup faire les
décors, la construction d’accessoires, la recherche pour les costumes, etc.
Pendant que je faisais la tournée avec Jacques Zouvi, j’ai rencontré l’humoriste
Stéphane Rousseau. On a commencé à faire du spectacle ensemble et
on a monté un gros show pour Québec 84, mais malheureusement Québec 84 n’a
pas fonctionné.
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Vous
avez créé votre propre entreprise. Est-ce que vous pourriez nous en parler un
peu?
J’ai
crée ma propre entreprise deux ans après être revenu de la
Californie, soit en 1989. En 1987, j’ai été porter mon c.v. partout.
Il y a quelqu’un de chez Télé-Métropole qui a vu que j’arrivais de la
Californie et que j’avais appris le montage et la réalisation. Il y
avait un producteur d’une troupe américaine qui était débarqué à Montréal
et il faisait un show qui s’appelait «Starting from scratch»
dans le studio G à Télé-Métropole et ils voulaient aller monter leur show en
Californie. Alors le producteur d’ici, qui est devenu mon patron à TVA,
voulait que tout se fasse à Montréal. Il a dit aux Américains : «on
est capable de monter votre show i
ci parce qu’on a un monteur
qu'il vient d’apprendre votre technique à Los Angeles. Donc j’ai eu le poste et
j’ai monté l’émission «Starting from scratch» avec Bill
Daily (photo
ci-contre). Après cette saison-là,
les Américains sont retournés chez eux et moi je suis allé travailler à
Télévision Quatre-Saisons. TQS ouvrait à cette époque là. J’ai
commencé
comme réalisateur, monteur, producteur et en 1990, TQS a fermé le département
de production commerciale, alors ça m’a donné la chance de partir ma propre
entreprise. J’ai signé un contrat avec TQS, Télé-Métropole (je connaissais
tout le monde, j’arrivais de là aussi) et Radio-Canada parce que beaucoup de
mes amis sont partis de Télé-Métropole et de TQS pour aller travailler à
Radio-Canada. C’est pour ça que j’ai été capable de partir ma
propre entreprise en production. Alors j’ai fait plus de commerciaux,
d’info publicité et des promotions pour des émissions. Aujourd’hui,
mon entreprise se spécialise dans les habillages pour les émissions de télévision
(on a fait pendant un an les habillages de toutes les émissions de Vidéotron).
On fait présentement aussi le Canal Illico, toutes les animations, les
promotions de films. On a fait le Canal Vox pendant un an, toutes les
ouvertures d’émissions, le guide de l’auto, les promotions. On fait tout ça
chez Productions Avantages, qui est ma compagnie.
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Travaillez-vous plus souvent seul ou
en équipe?
Surtout en équipe parce que ce
n'est pas un métier que tu peux faire
seul.
Travaillez-vous
souvent avec les mêmes équipes?
Ça dépend des projets et de la compétence de chacun. Dans chaque
projet, tu travailles avec des gens qui sont habitués de faire ce qu'ils font.
Chaque domaine en télévision ou en cinéma exige des qualifications différentes. Alors si tu veux aller en cinéma, il faut que tu prennes
des cours en cinéma. Tu vas alors tourner en film, en haute définition
et vous allez être une clique en cinéma. Si tu veux t’en aller en
commercial, il faut que tu t’organise pour travailler avec des maisons de
production qui produisent des commerciaux. Il y a des avantages à se spécialiser,
mais il y a aussi un danger. Le danger est que quand tu commences à
travailler dans un domaine, tu restes pris là-dedans. Moi j’ai commencé
en publicité et en habillage et j’ai de la difficulté à aller en cinéma
parce qu’ils me disent que j’ai pas d’expérience en cinéma, que je ne
connais pas ça, que je ne peux pas gérer un budget en cinéma, etc. alors que
tout le monde sait que c’est à peu près la même chose.
Lors
du montage, est-ce que le monteur travaille beaucoup avec le réalisateur?
Oui, il faut que le monteur et le réalisateur soient comme les deux doigts de
la main. Il y a deux types de réalisateurs et il y a deux types de
monteurs. Il y a des monteurs qui sont techniques, qui vont s’asseoir
devant l’ordinateur et qui vont faire au doigt et à l’œil ce que le réalisateur
lui dit de faire. Personnellement, je déteste ce genre de monteur parce
que moi je suis un réalisateur qui a plein d’idées, mais je laisse aussi mon
équipe avoir ses propres idées. Alors si tu arrives devant un monteur
qui est juste technique, tu es obligé de tout lui dire. Tandis que si tu
as un monteur qui a un côté artistique développé, et qui a une vision de
l’émission que tu es en train de faire, il va y mettre de son talent de créateur
et il peut même faire des choses que le réalisateur n’a même pas pensé.
Ça c’est l’fun parce que ça crée une chimie et c’est ça qui fait la
force d’une équipe en production. Alors moi je travaille souvent avec
les mêmes monteurs et c’est pour ça d’ailleurs que j’ai parti une
compagnie de post-production parce que j’était tanné de me faire voler mes
monteurs par d’autres maisons de production. Je les ai donc mis associés
avec moi dans la compagnie.
Est-ce
qu'il y a souvent des conflits à cause des
différentes visions de la part du monteur et du
réalisateur?
Ça dépend de l’ouverture d’esprit du réalisateur. Il y a des réalisateurs
qui veulent tout décider et il y a des réalisateurs qui laissent travailler
leurs équipes. C’est la même chose en tournage. La qualité
d’un bon réalisateur c’est de laisser créer son équipe. Tous les
gens qui travaillent autour de grands réalisateurs vont te le dire,
c’est des gens qui te laissent beaucoup de latitude pour créer. Steven
Spielberg (image)c’est un bon dirigeant mais c’est quelqu’un qui laisse beaucoup
de latitude à son équipe. C’est pourquoi le monde aime beaucoup
travailler avec ses gens là. Ça peut quand même donner des bonnes
productions, mais j’ai l’impression que ces réalisateurs-là perdent la
chance d’obtenir quelque chose d’encore meilleur en exigeant tout de leur équipe
et de ne pas les laisser travailler. Un autre avantage de laisser de la
latitude à son équipe est que tu peux les envoyer travailler seuls parce que bien des
fois, quand tu n'as pas le temps d’aller sur tous les plateaux, tu peux leur
faire confiance car tu sais qu’ils vont te rapporter du bon matériel.
Quelles sont les qualités requises pour travailler dans le monde de la télévision?
Il faut que tu sois débrouillard, ouvert d’esprit, facile d’approche
et que tu aies un bon
sens de l’humour. C’est un métier qui demande beaucoup et où il y a
beaucoup de pression alors si tu ne sais pas rire une fois de temps en temps, ça
peut devenir un métier très emmerdant.
Quels conseils
donneriez-vous à quelqu’un qui débute dans ce milieu?
Le meilleur conseil est d’entrer dans ce milieu sans avoir d’attentes.
On ne sait jamais ce qu’il va se passer et il faut l’essayer pour savoir si
le métier nous convient. Par exemple, moi je n’étais pas fait pour le
théâtre. Pas pour le théâtre en temps que tel, mais pour le milieu.
Tout le monde parlent dans le dos des autres et c’est un milieu fermé et moi je
n’aimais pas ça alors j’ai changé de milieu.
Est-ce dans ce métier l’expérience est vraiment importante ou c’est plus
le talent?(pour l’embauche)
Dans le milieu de la création, tu vas avoir beaucoup plus de chances de
travailler si tu as du talent parce que c'est un milieu qui est vraiment rock ’n roll,
c’est un milieu où il y beaucoup de monde qui veulent faire ce métier-là et
où il y a peu d’élus. Alors celui ou celle qui va réussir dans ce métier-là c’est parce qu’il a énormément de talent et c’est quelqu’un qui va
travailler très fort. L’expérience va venir avec le temps, mais si tu
as une tâche vraiment définie, ça va être plus difficile de se trouver un
emploi parce que le son, la caméra, c’est deux choses hyper importante quand
on arrive au montage. Si t’as engagé un preneur de son qui n’est pas
bon, bien tu viens de scraper ta journée de tournage. Alors ce sont des
postes où il est très difficile de se faire un place parce que ça prend énormément
d’expérience, mais si tu rentres sur un set comme assistant de production ou
« go-for » ,comme on dit dans
notre jargon,(quelqu’un qui vient sur le plateau et
qui fait n’importe quoi; il va chercher des commissions, on lui fait peinturer des
panneaux de décors, on lui fait tenir un truc d’accessoire, etc) mais c’est le meilleur poste pour apprendre son métier parce
que tu es là pour observer, tu sais comment ça se passe en régie, tu sais
comment ça se passe sur le plateau, tu sais comment ça se passe avec l’éclairage.
Alors c’est mieux de commencer plus bas, à moins d’aller étudier dans une
grande école. Par exemple si tu pars pour un an pour aller à New York
pour apprendre l’éclairage avec un grand directeur photo, c’est sûr que
quand tu vas revenir à Montréal tu vas travailler.
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Caractéristiques de son métier
Comment les changements technologiques vous affectent-ils?
Moi c’est pour ça que j’ai lâché le montage parce que j’étais tanné
de toujours apprendre des nouveaux logiciels de montage. Et quand j’étais
monteur, (ça ne me rajeunit pas!)c’était du montage analogue. On avait un
computer pour chaque truc que l’on voulait faire. Un computer qui contrôlait
les machines(les VTR), un qui faisait les titres à l’écran, un pour les
mouvements de l’image et un pour le son. Des fois on avait jusqu’à 10
computers IBM à apprendre. Aujourd’hui le montage est beaucoup plus
facile parce que c’est tout en un, tout se fait dans une machine.
Il y a plein de compagnies qui offrent des logiciels de montage, mais celui qui
a le plus d’avenir présentement, c’est Final Cut Pro. C’est
difficile de se garder toujours à jour dans les nouveaux logiciels, mais
maintenant que c’est passé de l’analogue à la technologie informatique,
c’est plus facile parce que c’est le même programme qui évolue.
Est-ce que
vous avez un horaire fixe?
Non. Je n’ai pas d’horaire fixe parce que je travaille tout le temps!
Ça dépend des semaines et ça dépend des contrats mais il faut toujours être
disponible pour le client. Le jour, le soir et les fin de semaine.
Est-ce que
vous faites partiei d’un syndicat (exemple l’APVQ)?
Non, j’étais syndiqué lorsque je travaillais à TVA, mais personnellement,
je déteste les syndicats. Je trouve qu’un syndicat dans un milieu de création
n’a pas sa place. On ne devrait pas être syndiqué pour faire de la création.
C’est sûr que ça a un bon côté parce qu'à moment donné les producteurs
ont exagéré, mais je pense qu’il y a toujours moyen de s’arranger entre
nous.
Est-ce possible de passer de la télévision au cinéma?
Non. C’est
impossible parce que le cinéma lève le nez sur la télévision. Si tu
veux faire du cinéma, tu commences au cinéma. C’est plus facile de
passer du cinéma à la télévision mais il n’y a personne qui le fait car
une fois dans ce milieu, tu ne veux plus en sortir.
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Qu’est-ce que
vous aimez le plus et le moins de votre métier?
Qu’est-ce que j’aime le plus c'est la création, tout ce qui touche la
production et ce que je déteste le plus c’est les budgets, l’administration
, la facturation, toute la paperasse administrative, ça j’haïs ben ça.
Et il y en a beaucoup à faire parce que les productions c’est très
dispendieux et il y a beaucoup de paperasse pour les demandes de subventions et les
crédits d’impôts des gouvernements. Et on est pas des comptables, on
est des artistes. On haït ben ça.

Aujourd’hui, que pensez-vous
des émissions de télévision en général?
Je trouve que la télévision s’en va nulle part. Malheureusement, on a
lâché la création. Le problème avec la télévision c’est l’argent
et ce que le client, le producteur, la station de télévision veulent,
c’est de faire de l’argent. Ce que je trouve dommage, c’est que
toutes les stations se ressemblent. Il n’y a pas une station qui a gardé
sa personnalité. Tout le monde se ressemble. Les seuls qui ont
compris, c’est Télé-Québec, mais
c'est dommage que personne ne les écoute.
Après avoir fondé
votre compagnie et après avoir accompli tout ce que tu avez fait, avez-vous encore des rêves?
J’ai plein de rêves, c’est ça qui me tient en vie et c’est ça qui me
tient dans ce métier. C’est un métier qui « joue du coude »,
alors il faut avoir des rêves et que tu puisses entrer dans ta bulle pour être
capable de fonctionner dans ce métier-là. Oui j’ai des rêves, un jour
je veux remonter sur scène, c’est sûr et certain et il n’y a pas d’âge
pour faire ça. Je veux faire du monologue, du one man show.
Aussi, je veux faire un film. Avant de prendre ma retraite, même si je ne
pense pas prendre de retraite, avant d’être trop vieux, ce sont les projets
que j’aimerais faire.